La Dent Noire

C KOIKIDI

Le bruit des bottes

Le bruit des bottes dans la télé, Le bruit des bottes dans la radio, Près de la machine à café En capitale dans les journaux. Le bruit des bottes chez le boulanger, Ou entre 2 verres à l’apéro, Plus on l’entend, moins il effraie Et on l’entend plus qu’il ne le faut.

Et joyeux Noël

Pépé en a marre de crever, ça fait des années qu’il est alité. Il aimerait bien en voir la fin mais on a plus de compassion pour les chiens. Et joyeux Noël. Mémé est plus morte que vivante, le regard vide, la bouche pendante. « Docteur, même si elle est grabataire, s’il vous plaît faites en une centenaire. » Et joyeux Noël. Même éduqué par des curés, ça devrait pas être trop compliqué de comprendre qu’à défaut de vivre dans la dignité, certains aimeraient bien y crever. Et joyeux Noël.

Tous à poils

Tous à poils dans les champs, On enlève jusqu'à nos dents, Et on va profiter de cet instant de liberté. Tous à poils dans le village, Les vieilles en oublient leur âge Et se laissent emporter par ce vent de nudité. Tous à poils dans la ville, Les ministres, les civils, Il est temps d'oublier que vous regrettez d'être nés. Tous à poils les enfants, On oublie papa/maman, Plus la peine d'y penser, il est l'heure de crever.

Ôde 24 (par Pierre de Ronsard)

Ma douce jouvence est passée
Ma première force est cassée
J’ai la dent noire et le chef blanc
Mes nerfs sont dissous et mes veines
Tant j’ai le corps froid ne sont pleines
Que d’une eau rousse en lieu de sang
Adieu ma Lyre adieu fillettes
Jadis mes douces amourettes
Adieu je sens venir ma fin
Nul passe temps de ma jeunesse
Ne m’accompagne en la vieillesse
Que le feu le lit et le vin
J’ai la tête toute étourdie
De trop d’ans et de maladie
De tous côtés le soin me mord
Et soit que j’aille ou que je tarde
Toujours après moi je regarde
Si je verrai venir la Mort
Qui doit ce me semble à toute heure
Me mener là bas où demeure
Je ne sais quel Pluton qui tient
Ouvert à tous venant un antre
Où bien facilement on entre
Mais d’où jamais on ne revient

La distraction

Trop de données Et trop d'information. Pas le temps de digérer. Toujours plus gros, toujours plus cons. Ne surtout pas penser À autre chose que la distraction : Flippante, obscène, futile, terroriste. La distraction : Le piège abscons. C'est un pilier De la manipulation de masse : Des jeux du cirque à la télé Pendant ce temps, le temps passe. Perdu dans la distraction On en oublie l'information Noyée dans un flot continu De détails, d'on dit, de « m'as-tu-vu ? »

2022

On est en 2022 et la guerre n’a pas eu lieu. Pas de révolution, pas de guerre civile, pas de nettoyage par le feu. On est en 2022 et on tue toujours au nom de Dieu.

Derrière toi Guignol

Guignol s'est fait flasher la gueule S'est pris un coup de Flash-Ball dans l'oeil, Le globe oculaire éclaté Il regardera deux fois moins la télé. Guignol s'est fait gazer la gueule Au bar, tranquille, pendant qu'il picole. Ses yeux se sont remplis de pisse, Guignol s'est fait gazer par la police. Guignol flashé, Guignol gazé, Guignol défenestré, Guignol suicidé. Attention Guignol, Derrière toi Guignol.

Les camps

Dans mon camp de vacances l’alcool coule à volonté. De la bouffe à s’en péter la panse, il y en a dès le petit déjeuner. Un lit tout propre tout fait m’attend chaque soir comme par magie. Entre temps, je n’ai même pas besoin de m’occuper l’esprit. All inclusive, All exclusive. Dans mon camp à moi, il manque juste un détail vital. À manger aussi parfois et souvent même un manque total D’hygiène, de flotte ou d’un minimum d’humanité : Tu finis dans la fosse avant d’avoir fini de crever. All inclusive, All exclusive. All in’ / Rien. Dans mon camp de vacances, l’alcool coule toujours à flot. De la bouffe à s’en péter la panse, j’en peux plus, il y en a de trop. « All inclusive » c’est bien, mais on a encore rien visité. L’année prochaine, c’est décidé, c’est pas piscine : on va se promener.

Pas de présent

Pas de présent pour les gamins qui n'ont rien demandé. Pas de présent pour les jeunes, actifs ou salariés. Pas de présent pour les moins jeunes résignés à crever. Pas de présent pour les autres déjà morts ou enterrés. Pas de présent, Enterrés, Déjà morts, Pas de présent. Pour madame à l'usine, torturée. Pas de présent pour monsieur et ses collègues esseulés. Pas de présent pour le chien-chien qui ne fait qu'aboyer. Pas de présent pour les autres déjà morts ou enterrés. Pas de présent. Enterrés. Déjà morts. Pas de présent.

Scatophiles ?

La hiérarchie et en fout partout : Il en faut du papier pour tout essuyer, Se donner de la peine et satisfaire Les besoins de celui, là, Sur le trône, à côté. Une pyramide de merde, Cimentée à la peur. Faudrait être scatolique pour croire dur comme « faire » Qu'un seul, tout puissant, puisse tout décider. La peur et la flemme comme uniques alliées, La flemme de choisir, la peur d'en chier. Une pyramide de merde, Cimentée à la peur. Une fondation bancale, excrément bien rodé, Lubrifiée à la merde, urine et sueur volées, Ou chacun n'a d'envie que d'asseoir au dessus Du collègue, galérien, la graisse de son cul. Une pyramide de merde, Cimentée à la peur.

5ème république

Dans la 5ème république Tout ce qui n'est pas français, on l'flique. Même si c'est français d'ailleurs, Surtout si c'est noir ou si c'est beur. Dans la 5ème république On voit toujours les mêmes politiques Qui enchaînent leurs mandats Leurs retraites à eux, ils ne les réformeront pas. Dans la 5ème république On vote pour un parti unique Que tu votes à gauche, que tu votes à droite, Il y a des règles qui ne changeront pas. Dans la 5ème république Politique rime avec fric : Les intérêts financiers de certains Priment sur l'intérêt commun. Dans la 5ème république On finira tous alcooliques, Dépressifs ou cons damnés : Une bande de veaux dans un pré.

Gna, gna, gna

Tu tries tes ordures. Tu es contre les inégalités. Tu veux sauver les pandas. Tu es contre la mort. Tu es pour la vie. Tu vas creuser des puits dans le désert. Tu es contre la guerre. Tu crois en l’amour Tu veux construire l’avenir. Tu m’écœures. Tu m’énerves. T’es parrain d’une baleine. Tu envoies des livres en Afrique. Tu es éco-responsable. Tu donnes ton sang. Tu es même près à donner tes organes. Tu es heureux, tu aimes la vie. Tu es heureux ? Tu aimes la vie ? Tu m’écœures, tu me fais gerber, tu me sors par le cul. Tu donnes au Téléthon. Tu es pour la liberté d'expression. Tu as tous tes points sur ton permis. Tu es à jour dans tes vaccins. Tu es contre la vivisection. Tu es végétalien. Tu respectes les croyances des autres. Tu repasses tes chaussettes.

Le figurant

Pendant que le sourire étincelant de l'héroïsme crève l'écran, toi tu épluches tes papiers de mutuelle pour savoir si tu peux te soigner une dent. Car dans le western de la vie, tu tiens une pelle, pas un fusil. Et bien qu'il soit de plus en plus grand, il n'y a pas la place pour tout le monde sur l'écran. Quand John Henry et sa bande se partagent le butin, toi tu recomptes ta monnaie avant d'aller chercher du pain. Car dans le western de la vie, tu tiens une pelle, pas un fusil. Et bien que l'argent ne vaille rien, c'est pour lui que tu te lèves tous les matins. Si, pour certain, un six coups suffit pour se faire une armée de mexicain. Toi, le mexicain, ça te fout la chiasse. Surtout la veille des entretiens. Car dans le western de la vie, tu tiens une pelle, pas un fusil. Et bien que tu sois plutôt courageux, ça ne suffit pas toujours quand on crie "FEU !"

21 novembre

Un soutien gorge à 2 millions d'euros
Les pêcheurs passent au travers des mailles du filet
Et si c'était la faute du soleil, pas celle des hommes ?
Fin de cavale
Retour à la case prison
Le sang et le cerveau de Mussolini sur E-Bay
Le rock est-il devenu une musique de bourgeois ?
Et si c'était la faute du soleil, pas celle des hommes ?
Fin de cavale
Retour à la case prison
Trisomique, il est la fierté de ses parents
Un système carcéral à l'encontre d'une démocratie
Comment marche un compte bancaire ?
Trisomique, il est la fierté de ses parents

Lundi

La plupart des vaches que j'ai croisées sont mortes depuis. Un jour le lapin quitte son clapier et s'allonge nu, Les yeux fous dans une barquette cellophanée. Pour les poulets, c'est 83 jours et 82 nuits. On ne tue pas le dimanche, on attendra lundi, un jour de rab c'est toujours ça de pris. Le dimanche c'est la trêve, la petite part de rêve, tu crois en être sorti mais demain, demain c'est lundi. Ça couine en file indienne, trop tard pour regretter de pas avoir posé un RTT.

Lobotovie

Réveil Bouffer Rouler Bosser Rouler Bouffer Télé Dormir

Moi par moi, pour moi

Ça fait bien devant les copains. Chaque musique a sa mode. C'est moi qui fais du copinage. C'est moi qui suis président de l'asso. C'est moi qui chante sur le refrain. C'est moi qui ai tout organisé Et c'est bien pour ça que ça me plaît. C'est moi qui récupère. C'est moi qui ai fait tout le concert. C'est moi qui chante sur le refrain. C'est moi qui décide seul avec mes potes Si ce que tu fais c'est assez bien. Si t'es pas mon copain Tu joueras plus jamais nulle part. C'est moi qui chante sur le refrain.

Pour notre sécurité

Pour notre sécurité On nous condamne d'abord Et on nous fait payer Même accusé à tort. Pour notre sécurité On surveille nos débordements, "Souriez, vous êtes filmés" La télé appréciera la vidéo De notre mort. Pour notre sécurité Les flics se promènent avec des flingues, Pas besoin d'être respectés Quand tout peut se régler à coup de Tazer. Pour notre sécurité On surcharge les prisons Et on remercie les suicidés Pour la place Qu'ils nous font. Pour notre sécurité Moins de liberté

Pavillon zombie

J'habite un pavillon Avec terrasse en béton, Dans un enclos de gazon Je jardine au zyklon. Mes voisins comme moi Des détenus, des matons, L'apéro, la déco, les opinions, une promotion. Pavillon zombie. Tu habites un pavillon Avec terrasse en béton, Dans un enclos de gazon Tu jardines au zyklon. Tes voisins comme toi Des détenus, des matons, L'apéro, la déco, les opinions, une promotion. Je peuple, je crève, Kapo de mes rêves. Tu peuples, tu crèves, Kapo de tes rêves. On peuple, on crève, Kapo de nos rêves. Tout à la con

Travailler

Je ne suis pas là pour travailler, Je suis là pour vivre, Pas pour crever La gueule ouverte, pleine de sueur Vomissant mon stress et comptant mes heures. Travailler plus Pour penser moins, Dépenser plus Jusqu'à plus rien, À quoi ça sert Tout cet argent, Si ça n'est Jamais suffisant

On emmerde la SACEM

Restrictions Archaïques, Obligations Pour chaque CD, Pompe à fric, Vache à lait, Rentier, Système pyramidal. On emmerde la SACEM et on aime pas la mafia

L'angle mort

La nappe à quatre épingle, Les papillons sous-verre, À découvert, La meute attablée, Le cristal, le plaqué , la chaleur volée, Et l'homme au secret. Les irréversibles pirates, Les affranchis, damnés, Dans l'angle mort de mille neuf cent Quatre vingt quatre. Pour disparaître, Dans les mondes finis, Il suffit de rester, Montrer façade, Et patte blanche, Donner le change. Ça veut du lisse, Que surtout pas ça plisse, Dans l'ombre pousse une mauvaise herbe, Un germe, un monde

Dis moi petit

Dis moi petit, quelle langue parle ton papa le soir à la maison quand tu rentres de l'école. Dis moi petit, quelle langue parle ta maman le soir à la maison quand tu rentres de l'école. Juste un questionnaire en début d'année scolaire. Dis moi petit, quelle langue parle tes parents quand ils discutent ensemble le soir après l'école. Dis moi petit, est ce que papa travaille et si oui, dis moi si cela est bien légal. Juste un questionnaire en début d'année scolaire allez, vas-y gamin, dénonce, balance les tiens

La mort à crédit

Fabuleuse société oú l'on s'endette jusqu'à vouloir tuer sa femme et ses 5 gamins pour rembourser 21 crédits, 7 morts : c'est rien. Pour le luxe l'inutile ou pour survivre bouffer, se loger, on te saigne quand tu signes, des crédits pour toute ta vie des crédits sur tes envies. Vous en reprendrez bien un ? pour pas être enterré comme des chiens, pour vos cercueils, un petit crédit, après on vous emmerde plus, promis

La p'tite blonde

À toi qui travailles tard le soir, sous ce pont d'Aubervilliers parmi les poubelles sur le trottoir, les résidus de matos de camés. Une camionnette en guise de dortoir, un dortoir ou tu ne dors jamais, tu attends le client dans l'espoir, que ça soit enfin le dernier. La p'tite blonde des pays d'l'Est parle pas beaucoup de mots en Français, la p'tite blonde des pays d'l'Est a vite compris le terme "se prostituer", la p'tite blonde des pays d'l'Est voulait faire dans la mode à défiler, la p'tite blonde des pays d'l'Est en a marre de se faire enculer. Enfermée, battue et violée pour t'apprendre le métier, t'as vécu comme une libération la fin de ta formation. En plus de ta dignité ils t'ont piqué tes papiers et dit que si tu voulais pas tapiner tes soeurs le feraient. La p'tite blonde des pays d'l'Est pense à ses soeurs et sert les dents, la p'tite blonde des pays d'l'Est doit se faire un max d'argent, la p'tite blonde des pays d'l'Est pour racheter sa liberté, la p'tite blonde des pays d'l'Est des jours, elle préférerait crever

Gueuler

On pourrait comme tant d'autres crier Notre aversion pour la société, Rapper que la politique, c'est mal Et que de gauche à droite, ça sent le chacal. We could sing our disgust for society Mais ça la foutrait mal aussi Vu qu'on ferait rien d'autre Pour la changer Rien d'autre Que de gueuler. Gueuler, Meugler, Beugler. Quitte à rien faire, autant le faire bien Et pas faire semblant que la révolution est pour demain, Un tatouage "no facho" sur le cul C'est bien Mais Ça sert à rien. Quitte à rien foutre, autant bien le faire On le répète, mais comme hier La seule chose que vous allez retenir C'est de pas oublier de Gueuler

Sing it en anglais

Quand on a rien à dire on le chante en anglais et on fait que répéter toujours le même couplet. I've got a lot to say about a lot of things, I've got a lot to say, nothing to say, I've got a lot to say, about a lot of things, I've got a lot to say, sing it en anglais. Bonjour je m'appelle Mickaël mais tu peux m'appeler Mickey, je chante dans un groupe de métal des textes profonds et engagés. Salut moi c'est Léa, je fais de la pop dépressive, je chante souvent du yaourt en prenant des poses lascives

Brûle ta vie

Brûle ta caisse, brûle ta femme, Brûle tes meubles, tout en flamme, Brûle tes gosses, ta télé Tout ton squat, enflammé. Brûle ton fric, ton voisin, Brûle ton slip, et ton chien, Brûle ta gratte, ton ampli, Le public, cramoisi. Brûle ta vie !

Bobo président

Laissez moi vous conter l'histoire de Bobo le singe savant, il n'a jamais connu son père et sa mère bosserait dans un couvent. Depuis qu'il est né, il est obsédé par le fait de devenir président, présider un pays, diriger une armée c'est pour lui comme un rêve d'enfant. Bobo en campagne présidentielle s'agite et danse devant les caméras, hypnotisé par l'objectif, Bobo "président" il s'y croit déjà. Il promet à tous monts et merveilles se gratte le cul et lèche son doigt, ça fait de belles images pour la télé, les gens aiment bien et ne parlent que de ça : Bobo président, Bobo président. Une fois élu il pourra côtoyer tous les grands de ce monde qui l'ont ignoré : le lion majestueux, le sage éléphant et surtout Cheeta et Tarzan. Bobo est élu à l'immense majorité, les gens le trouvent sympa et marrant. Mais quand Bobo se met à parler les gens le trouvent plutôt consternant : Bobo président, Bobo un singe président ? Maintenant que c'est lui le chef, il peut décider de faire chier le monde si ça lui plait. Rien à carrer que les pauvres n'ait pas d'argent : Bobo s'en fout, il est président

Envie de démocrachier

Envie de démocrachier ? va aux urnes, va voter. Ingurgites toutes les salades que te vomis la télé : tu as le choix, tu peux choisir, la plus grosse bite, celle qui va le mieux t'enculer. Quand tu votes en démocrachie, tu votes pour un seul parti : celui des riches, des politiques et des nantis éduqués pour te gouverner. Les extrêmes, sans formations à l'ENA, donnent l'illusion que tout un chacun, même les crétins peuvent se présenter, mais n'entreront jamais... à l'Élysée. C'est la démocrachie, plus on est de cons, plus on rie, on veut te faire penser que tu votes en liberté